LDV153

12 PASSAGE: A SPIRITUAL ODYSSEY La Neuvième Sonate de Scriabine, dite « Messe noire », est hallucinatoire. Comment abordez-vous cette œuvre entre spiritualité et obscurité ? C’est une pièce très sombre, diabolique, d’une instabilité psychologique extrême, profondément sarcastique. Elle est séduisante, mais d’une séduction dangereuse. Scriabine écrit sur la partition : « Avec une douceur de plus en plus caressante et empoisonnée ». Cette douceur peut tuer. Il y a là une ironie presque démoniaque. La Neuvième Sonate est sombre et fragmentée, pleine de tritons et de chromatismes. C’est cela que je veux dire quand je parle d’instabilité psychologique : la musique semble se disperser sans cesse. Bach disait que les chromatismes descendants mènent à l’enfer, et les chromatismes ascendants au paradis. Cette idée me fascine ici. Quel son recherchiez-vous pour cet enregistrement ? Nous sommes allés vers les extrêmes. En studio, on peut explorer les limites du silence, les couleurs les plus ténues — des choses impossibles à produire de la même manière en concert. Je ne pensais pas pouvoir obtenir ces couleurs avant de découvrir ce que permet la proximité du micro. On entend alors le piano d’une manière totalement différente.

RkJQdWJsaXNoZXIy OTAwOTQx