SALOME JORDANIA 11 Est-ce si différent du concert ? Oui, je n’avais pas mesuré à quel point enregistrer est différent du concert ou du travail de pratique quotidienne. En studio, il faut être en permanence à 100 % de ses capacités. À un moment, je me sentais physiquement « en feu ». Au milieu de l’album, vous avez glissé une pièce très mystérieuse de Kaija Saariaho, Prélude pour piano seul. On a le sentiment de s’égarer vers des chemins inconnus, d’une résolution impossible. Pourquoi ce choix ? J’aime énormément cette œuvre. C’est sans doute la pièce la plus cosmique du disque. Les couleurs qu’elle cherche à créer semblent venir d’un autre monde. Comme dans la Sonate de Liszt, rien ne se termine vraiment. Il n’y a pas de point final : tout reste suspendu, ouvert sur l’inconnu, sur le vide. Cette pièce porte en elle un sentiment abyssal, et j’avais besoin de ce vide avant d’entrer dans la Sonate de Liszt.
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