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9 XAVIER PHILLIPS ∙ LAUSANNE SOLOISTS En tant que soliste, quel est votre rapport personnel à cette œuvre ? Il y a dans ce concerto ce que l’on retrouve de façon récurrente chez Piazzolla, le caractère implacable de la rythmique que nous avons beaucoup travaillée, très « au fond du temps », cette âpreté, cette agressivité, ce pied de nez à la vie et à la mort, mais aussi cette intense sensibilité, à fleur de peau. Certains de ses passages sont poignants, beaux à pleurer. Piazzolla est un profond sentimental et cela ne disparaît pas sous la violence de son propos. Derrière la dureté, on trouve une tendresse infinie. Je me reconnais dans ce trait de sa personnalité, voilà pourquoi sa musique m’a toujours parlé. Ce concerto est selon moi une œuvre élargie, pleine, grande, qui rassemble tout ce qu’il a déjà dit dans Les Saisons et ailleurs. Après avoir composé pour de plus petites formations comme le quintette, il renoue avec une écriture dense, celle de l’orchestre, usant du contrepoint, comme pour nous dire « voilà, c’est de là d’où je viens ». D’une certaine manière oui, c’est un cadeau en retour qu’il adresse à Nadia Boulanger.

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