11 XAVIER PHILLIPS ∙ LAUSANNE SOLOISTS Revenons sur la question fondamentale du rythme. Quel a été votre travail de mise en place ? Le rôle du contrebassiste a été crucial. Nous avons travaillé la façon d’étirer les temps dans les passages lents. Ailleurs, nous avons travaillé celui, très physique, du tango : il fallait un réglage au millimètre, il est capital d’être exactement ensemble dans l’énergie de l’instant. Cela a été un grand défi de monter et jouer cette musique sans chef. Ma conception a été tout de suite très claire : mon rôle n’a pas été de diriger, mais de mettre les musiciens sur la voie d’une forme d’autonomie, de les aider à se transcender, de parvenir à fonctionner en s‘écoutant pour trouver une énergie commune. Ils se sont passionnés pour ce travail et ces œuvres et se sont rendu compte qu’ils pouvaient faire des choses extraordinaires avec les effets, le rythme, l’écoute des autres. Cette musique demande plus que toute autre d’être soudés, elle réclame une dépense d’énergie profonde et considérable, une concentration énorme. Cela a participé d’une démarche humaine passionnante, qui a rendu l’enregistrement encore plus captivant.
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