LDV130-1

13 CÉDRIC PESCIA Vous n’avez pas choisi d’enregistrer les six Suites françaises dans l’ordre chronologique. Qu’est ce qui a motivé votre propre agencement ? On ne sait pas exactement dans quel ordre Bach les a composées, autour des années 1720, 1724. On ignore même s’il les a écrites d’une seule traite. Le fait est que, pour l’édition, il a choisi un agencement de trois suites en mineur puis trois en majeur. Mais il faut se rappeler qu’il n’était pas dans son intention de faire jouer le cycle en public. Pour le concert, cela fonctionne bien mieux, selon moi, lorsqu’on crée une alternance entre les deux modes. Mais cela relève d’un choix totalement subjectif. Les modes majeurs et mineurs ont-ils des significations particulières chez Bach ? Il a toujours privilégié la qualité ensoleillée du majeur et a atteint, avec le mineur, des profondeurs tragiques ou dramatiques que peu de compositeurs ont su égaler. D’autres pièces en mineur exhalent une intense mélancolie. Au-delà des modes, qu’il traitait ainsi de façons différentes, les tonalités méritent d’être distinguées. Car, à l’époque elles avaient, chacune, un sens particulier et se référaient à des affects précis. Ce que Bach avait parfaitement assimilé. Cela est cependant moins évident à l’oreille avec le tempérament égal. C’est pourquoi, j’ai opté pour un accord de mon piano qui se rapproche du tempérament inégal pratiqué à l’époque de Bach.

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