9 CÉDRIC PESCIA L’humanité de ces Suites est d’autant plus évidente qu’elles ne commencent pas par un majestueux Prélude mais par une Allemande, en général d’une grande douceur. On entre, d’emblée, dans un univers qui fait place à la tendresse… Effectivement. Bach fait preuve une grande délicatesse dans son traitement de ces danses qui, pour la plupart, n’étaient plus à la mode. On est ici dans le souvenir, voire la nostalgie de quelque chose encore présent dans la mémoire collective mais appartenant au passé. Ces pièces sont rarement exubérantes mais témoignent d’une certaine pudeur. Et au centre de chaque Suite, en troisième position, figure systématiquement une Sarabande. L’émotion est alors à son comble, c’est le cœur qui bat, qui s’emballe, qui souffre parfois. Mais tout passe très vite lorsqu’on les joue en concert. On entre dans un univers émotionnel pour, quelques petites minutes après, se retrouver dans une tout autre ambiance. Passer d’une danse à l’autre représente pour l’interprète un vrai défi tant elles ont des caractères et même des styles différents. Cela m’évoque les cycles schumaniens dans lesquels s’enchaînent également de brèves pièces aux climats contrastés.
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